Le bonheur se trouve même dans les pires conditions
Les pauvres à Madagascar

Quand j’ai appris à ma mère que j’allais travailler à Madagascar, elle m’a dit que ce n’est pas dans un pays pauvre que je deviendrai riche.
Quelques temps plus tard, je lui envoyai une lettre, les emails n’existaient pas encore. Dans cette missive, je lui expliquais que les malgaches étaient effectivement pauvres mais plus heureux que nous.
Pourquoi? D’abord, ils étaient souriants et j’avais remarqué qu’ils étaient solidaires et qu’ils aidaient les plus pauvres.
Le comptable de la société pour laquelle je travaillais, touchait un petit salaire qui lui permettait à peine de faire vivre sa famille de 3 enfants. Pourtant, il n’a pas hésité à prendre en charge les 3 enfants supplémentaires de sa belle-soeur veuve quand elle est décédée. Respect!
Je tiens à préciser, à Madagascar, les allocations familiales n’existent pas
J’ai compris que je pouvais aider aussi. L’argent c’est bien, mais le bonheur c’est comme l’amour, plus on en donne, plus on en reçoit.
Nous sommes des dieux, nous créons le monde que nous voulons

Quelques années plus tard, je me retrouve en prison à Madagascar. Rassurez- vous, je ne suis pas un bandit. J’avais essayé de me faire justice face à un patron qui avait oublié que tout travail mérite salaire.
Moi, j’avais oublié que Patron égale Pouvoir. Condamné à 2 ans de prison pour faux et usages de faux. L’appel n’a eu lieu qu’un an après et je n’ai eu que 2 mois avec sursis.
J’avais quand même fait 383 jours de prison à Madagascar! Ce n’était pas « Midnight express », je n’ai pas subi de violence mais c’était le dénuement, la nourriture provient du secours catholique et il n’y en a pas toujours. L’état sanitaire des prisoniers est déplorable, beaucoup meurent malgré les soins des bonnes soeurs qui gèrent l’infirmerie.
Dans cet univers affligeant, j’ai réussi à trouver un sens à ce qu’il m’arrivait. J’ai créé une gargotte dans la cour de la prison et je soudoyais les gardiens pour m’apporter les ingrédients nécessaires, même les cigarettes que je vendais à l’unité. Enfin, je ne faisais pas tout cela personnellement, j’ai été aidé par quelques détenus.
Employé à la bibliothèque j’ai pu mettre en place des ateliers.
Formation à la langue française d’abord, puis de fabrication de sandales à partir de vieux pneus et de chambres à air.
Je me sentais utile et cela m’apportait beaucoup de bonheur.
Ce qui m’a amené à écrire dans mon journal:
Nous sommes des dieux, nous créons le monde que nous voulons.
